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(JPG) Le président Lula visite trois favelas de Rio qu’il veut arracher à l’emprise des gangs

par Jean-Pierre Langellier
Article publié le mardi 11 mars 2008.


Aucun chef de l’Etat brésilien n’avait passé autant de temps dans les favelas de Rio, la plupart de ses prédécesseurs n’y ayant d’ailleurs jamais mis les pieds. Chemisette blanche et large sourire, le président Luiz Inacio Lula da Silva a visité pendant plusieurs heures, vendredi 7 mars, trois des principaux ensembles de bidonvilles de la grande métropole : Rocinha, Manguinhos et O Complexo do Alemao (le Complexe de l’Allemand). Là vivent, au total, 215 000 personnes, soit près d’un quart de la population des favelas de Rio.

La venue de Lula parmi les communautés les plus pauvres de la ville avait pour but de donner le maximum d’écho à la mise en oeuvre dans les favelas du Programme d’accélération de la croissance (PAC), un plan de développement des infrastructures, de rénovation urbaine et d’action sociale lancé en janvier 2007. Les trois communautés bénéficiaires recevront 430 millions d’euros, dont les trois quarts alloués par l’Etat fédéral. Plusieurs milliers d’emplois seront créés.

Certaines des réalisations projetées sont spectaculaires. Dans le Complexe de l’Allemand, un téléphérique sera construit, à l’exemple de ce qui a été fait dans la ville colombienne de Medellin. Il permettra aux habitants de se déplacer rapidement et en sécurité dans le bidonville. Le célèbre architecte Oscar Niemeyer a dessiné une élégante passerelle grâce à laquelle les habitants de Rocinha pourront franchir à pied l’autoroute. Manguinhos sera dotée d’une voie ferrée aérienne. Dans ces trois quartiers, on ouvrira des crèches, des dispensaires, des équipements sportifs et des postes de police.

RACKET DES MILICES ET TRAFIC DE DROGUE

L’objectif du gouvernement est crucial : implanter l’autorité de l’Etat au milieu de communautés abandonnées à elles-mêmes depuis trop longtemps et livrées à l’emprise des trafiquants de drogue et au racket des milices en tout genre. Pour "reconquérir" les favelas, le gouverneur de l’Etat, Sergio Cabral, un allié politique de Lula, a décidé de recourir à la manière forte. En 2007, la police militaire avait occupé pendant plusieurs semaines le Complexe de l’Allemand. Au cours de cette guerre de positions, les échanges de tirs avec les narcos firent une cinquantaine de morts.

Lors de sa visite, Lula a répété que l’on ne combat pas le crime "avec des pétales de rose", mais que la police doit respecter la présomption d’innocence des habitants, qui "sont, à 99 %, des gens honnêtes" : "Ce n’est pas parce qu’un haricot est pourri qu’il faut jeter tout le repas." Lula a fait de ces projets une affaire personnelle. Il a promis de revenir les inaugurer en 2010, juste avant la fin de son mandat présidentiel.

Chasser des favelas les gangs qui y règnent sera pourtant une oeuvre de longue haleine. A Rocinha, quelques heures avant l’arrivée de Lula, des trafiquants continuaient tranquillement à vendre leur cocaïne, à 4 euros le sachet. Jean-Pierre Langellier

LE MONDE | 10.03.08 | 15h10 • Mis à jour le 10.03.08 | 15h10


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