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Des agriculteurs cherchent à améliorer la biodiversité sur leur exploitation

Par, F. Roussel
Article publié le samedi 12 janvier 2008.


Qu’ils soient membres des réseaux de l’agriculture biologique (FNAB), de l’agriculture durable (CIVAM) ou raisonnée (FARRE), plusieurs agriculteurs travaillent avec la LPO afin de préserver ou améliorer la biodiversité sur leur exploitation.

La diversité du monde vivant ou biodiversité permet aux Hommes depuis des millénaires, de répondre à leurs besoins en alimentation, chauffage (haies, forêts...), vêtements (lin, coton, laine, soie...), soins (plantes médicinales).... Outre cette valeur d’usage, la biodiversité présente également une valeur sociale et culturelle à travers les activités de loisirs (tourisme) ou par le plaisir qu’éprouvent les millions d’observateurs de la nature (ornithologues, entomologistes amateurs). Cependant, depuis plusieurs années, les spécialistes internationaux s’alarment face à l’érosion massive de nombreuses espèces animales et végétales. Dans son quatrième rapport « GEO-4 », le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) rappelle que les espèces meurent cent fois plus vite que ce que montrent les études fossiles et 12% des oiseaux, 23% des mammifères et plus de 30% des amphibiens sont menacés d’extinction.

S’il est difficile de déterminer les causes exactes de ce déclin, l’intensification et l’organisation de l’agriculture sont souvent citées comme un facteur important de la transformation des communautés d’êtres vivants et des milieux, favorisant des écosystèmes et des espèces plus productives au détriment d’autres espèces. Les programmes de préservation de la biodiversité sont donc très souvent axés sur le monde agricole. C’est le cas par exemple du programme Agriculture et Biodiversité mené par la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO), la Fédération Nationale d’Agriculture Biologique (FNAB), les Centres d’initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural (CIVAM) et le Forum de l’Agriculture Raisonnée Respectueuse de l’Environnement (FARRE). Ce programme expérimental, initié en 2004 par la LPO s’inscrit dans la stratégie nationale qui vise à stopper la perte de la biodiversité en France d’ici 2010. Ce chantier consiste à établir des liens entre les réseaux d’agriculteurs d’horizons et d’approches différents, à mettre au point les bonnes pratiques et surtout à les diffuser à une très large échelle.

Environ 130 exploitants appartenant à des réseaux d’agriculteurs volontaires de l’agriculture biologique (FNAB), de l’agriculture durable (CIVAM/RAD) et de l’agriculture raisonnée (FARRE), se sont impliqués dans cette démarche au sein de 18 départements. Au cours de l’année 2005, tous ont été sensibilisés puis regroupés en réseau départemental. Un état initial de la biodiversité a ensuite été réalisé sur chaque exploitation. Puis l’agriculteur, accompagné de l’animateur de son réseau et de celui de la LPO a élaboré un plan d’action pour améliorer la biodiversité de son exploitation. Fin 2007, environ la moitié des agriculteurs avaient validé et pour certain mis en oeuvre leur plan de gestion. En Aveyron par exemple, les 12 agriculteurs engagés ont tous validé leur plan et ont débuté sa mise en œuvre. Les actions engagées peuvent être l’entretien ou le rétablissement des haies. Outre ses fonctions agronomiques et culturelles, la haie a de nombreux rôles écologiques. Elle sert de zone de refuge et d’abri pour la faune, ses fleurs profitent aux insectes pollinisateurs et ses fruits aux oiseaux et aux mammifères. Elle constitue également un couloir de circulation de la faune et un habitat propice pour la nidification grâce à ses arbustes épineux qui découragent les prédateurs. Les agriculteurs prévoient donc d’entretenir, de restaurer ou de replanter des haies en respectant les dates et techniques de taille qui doivent être compatibles avec les périodes de reproduction de la faune sauvage. Certaines exploitations présentent également des tourbières qui abritent une faune très spécialisée. Les agriculteurs sont invités à ne pas les drainer pour bénéficier de points d’eau qui peuvent être utile à leurs troupeaux en période de sècheresse. Dans le cas des exploitations céréalières, les agriculteurs peuvent modifier leur mode de fauche pour permettre aux oiseaux qui nichent au raz du sol, de pouvoir fuir à l’approche des machines : fauche plus tardive, fauche plus lente et centrifuge à partir du centre de la parcelle, installation de grillage autour des nids, etc. D’autres mesures peu coûteuses sont conseillées : laisser les arbres morts ou leurs souches qui peuvent fournir des gîtes ou de l’alimentation, installer des « issues de secours » (planches) dans les cuves à eau et abreuvoirs pour les oiseaux ou micromammifères qui viennent y boire ou encore installer un piquet au milieu des champs pour que les rapaces puissent s’y poser pendant leur chasse... Une gestion adaptée des jachères peut elle aussi avoir des effets bénéfiques : couvert végétal peu dense pour une meilleure circulation des animaux, mise en place d’un an minimum, privilégier la fauche plutôt que le broyage, etc.

Toutes ses actions vont être mises en œuvre au cours de l’année 2008 et l’année 2009 sera consacrée à l’évaluation et à la restitution. Le suivi du « niveau de biodiversité » des parcelles est notamment basé sur un outil statistique spécifique : le Suivi Temporal des Oiseaux Communs ou STOC, développé depuis bientôt 20 ans par le Muséum National d’Histoire Naturel (MNHN). À travers un comptage répété et effectué selon un quadrillage précis, cet outil rend compte des variations spatiales et temporelles de l’indice d’abondance des populations nicheuses d’oiseaux communs. Il permettra d’évaluer l’impact des actions mises en œuvre sur la biodiversité des parcelles engagées.

http://www.actu-environnement.com/ae/news/programme_lpo_biodiversite_agriculture_4209.php4


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