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(JPG) Inégalités mexicaines

par Joëlle Stolz
Article publié le jeudi 21 juin 2007.


Le Mexique peut-il encore être membre de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques, l’OCDE ? Non, si les critères pour tenir son rang dans le "club des pays riches" - auquel il a adhéré en 1994 - sont avant tout le niveau d’éducation, la compétitivité et une répartition plus ou moins équitable de la richesse nationale.

Ce diagnostic sévère vient d’être formulé par le président de la Confédération du patronat mexicain, la Coparmex. Il rejoint plusieurs rapports récents unanimes à pointer les blocages de l’économie la plus puissante d’Amérique latine.

Selon la Banque mondiale, le Mexique "est un pays hautement inégalitaire", dominé par une vingtaine de familles dont la richesse représente 6,5 % du produit intérieur brut - un niveau similaire à celui observé aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, et supérieur à ceux de la France et du Japon.

Or ces entrepreneurs ont bâti leur fortune grâce à leurs amitiés politiques, obtenant ainsi un accès privilégié au marché au mépris de la libre concurrence. "L’élite mexicaine a bénéficié des restrictions à l’entrée de concurrents étrangers dans les secteurs privatisés", souligne la Banque mondiale, qui évoque le monopole exercé dans les télécommunications par le milliardaire Carlos Slim, l’un des hommes les plus riches du monde.

Souvent, relève encore l’institution basée à Washington, "ce sont les mêmes groupes d’intérêt qui jouissaient déjà d’un accès privilégié aux rentes publiques à l’époque du régime de parti unique", et ils utilisent leur influence pour entraver les réformes. Le rapport épingle notamment le Syndicat national des travailleurs de l’éducation, dont la dirigeante a su négocier des positions de pouvoir dans l’actuel gouvernement. Or, près de cent vingt ans après l’instauration de l’école obligatoire, le Mexique souffre d’un grave déficit éducatif. Dix des trente-deux Etats de la fédération restent au-dessous de 90 % d’enfants scolarisés et trois d’entre eux ont au moins 20 % d’analphabètes.

En 2006, constatent aussi les Nations unies, les 10 % de foyers mexicains les plus aisés concentraient 39,4 % des revenus, tandis que les 10 % les plus démunis en recevaient 1,6 % : 24,6 fois moins. "Si l’on transférait 5 % des revenus des 20 % de la population les plus riches, douze millions de Mexicains sortiraient de la pauvreté", note le rapport onusien.

La clé d’un tel transfert est dans la réforme fiscale que veut faire adopter cet été le président Felipe Calderon. Il s’agit notamment de mettre fin à un régime généralisé d’exemptions qui permet à des entreprises telles que Telmex (Carlos Slim), Coca-Cola ou Wal-Mart de ne payer que 2 % à 6 % de taxes sur leurs bénéfices. Plus qu’une réforme : une révolution. Joëlle Stolz www.lemonde.fr


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