Accueil du site Environnement Climat
 

La conférence de Nairobi acte le principe d’une révision du protocole de Kyoto

Par Hervé Kempf
Article publié le dimanche 19 novembre 2006.


La conférence des Nations unies sur le changement climatique s’est achevée sur un succès mesuré, vendredi 17 novembre, à Nairobi (Kenya). Les ministres des 180 pays représentés ont décidé d’ouvrir la révision du protocole de Kyoto en 2008, en se fixant l’objectif de parvenir à un accord sur le dispositif qui lui succédera.

Le protocole de Kyoto, qui engage les pays industrialisés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 5 % d’ici à 2012, se verra donc prolongé au-delà de cette date. Cette décision assure la pérennité des marchés qui se mettent en place pour limiter les émissions. Les entreprises et les Etats ne s’engageront sur ces marchés que s’ils sont assurés qu’ils seront durables.

Le signal donné à Nairobi est justement un feu vert de longue durée. Les associations écologistes et les pays européens auraient cependant préféré que l’on engage formellement ces discussions dès 2007. De plus, souligne Jan Kowalzig, de l’association Friends of the Earth (Amis de la Terre), "aucune date de fin de négociation n’est fixée, ce qui pourrait être très dangereux, en permettant des discussions interminables".

La décision prise devrait néanmoins conforter les projets dits du "mécanisme de développement propre", qui visent à implanter des techniques efficaces sur le plan énergétique dans des pays en développement. Les émissions de gaz à effet de serre ainsi économisées peuvent être transformées en "crédits d’émissions" par les pays des promoteurs des projets. Cela intéresse particulièrement les pays qui auront du mal à tenir leurs engagements dans le protocole de Kyoto, comme l’Espagne ou les Pays-Bas, ainsi que les pays du sud, qui ont ainsi accès à des technologies modernes.

RESPONSABILITÉ HISTORIQUE

Le marché du gaz carbonique se voit donc solidifié. Il n’est pour l’instant opérationnel qu’en Europe, mais suscite un intérêt croissant. "Nous constatons un changement radical, a observé Yvo de Boer, secrétaire de la Convention des Nations unies sur le changement climatique. Alors que les pays percevaient les politiques du changement climatique comme un coût pour le développement, ils commencent à les voir comme des opportunités pour assurer la croissance d’une façon soutenable."

Autre élément nouveau : les Etats-Unis ont affiché une attitude plus ouverte, du fait que plusieurs de leurs Etats, et notamment la Californie, ont annoncé qu’ils allaient mettre en place un tel marché. "Nous saluons la poursuite de ces stratégies et voulons voir comment elles évoluent", a dit Paula Dobriansky, chef de la délégation américaine, qui n’a pas exclu que son pays puisse lever son opposition à des plafonds d’émissions de gaz à effet de serre. La nouvelle majorité démocrate a fait savoir qu’elle pèserait en ce sens : trois sénateurs influents viennent d’écrire à George W. Bush pour lui annoncer que le prochain Congrès élaborerait une législation visant à restreindre les émissions.

Pour leur part, les pays du Sud ont exclu de prendre des engagements contraignants, soulignant la "responsabilité historique" des pays occidentaux dans la crise climatique. Ils se sont cependant montrés ouverts aux transferts de technologie. Des experts évoquent l’idée que les pays en développement pourraient se voir proposer non pas des objectifs de réduction de leurs émissions, mais des objectifs de plus grande efficacité énergétique.

Par ailleurs, la conférence de Nairobi a renforcé le fonds d’adaptation visant à aider les pays pauvres, notamment africains, à faire face au changement climatique. Elle a aussi progressé, sous l’impulsion du Brésil, vers l’intégration des forêts tropicales dans le futur protocole de Kyoto : leur protection pourrait intégrer le marché du carbone.


Répondre à cet article

Forum de l'article