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Mobilisation autour d’un train de déchets radioactifs

Par Antoine Jacob
Article publié le mardi 14 novembre 2006.


Le dixième convoi transportant des déchets radioactifs depuis la France vers l’Allemagne est arrivé à bon port, à l’aube du lundi 13 novembre, en dépit de la mobilisation de militants antinucléaires des deux côtés de la frontière.

Depuis son départ, vendredi soir, de Valognes (Manche), plusieurs milliers de manifestants ont tenté de retarder la progression du train transportant douze conteneurs sécurisés chargés de 175 tonnes de déchets vitrifiés.

Avec un succès relatif, puisque le convoi est arrivé avec plusieurs heures de retard à sa destination, le site de stockage temporaire de Gorleben, en Basse-Saxe, dans le nord de l’Allemagne.

A l’appel d’associations antinucléaires françaises et allemandes, des militants ont, en plusieurs points du trajet, dénoncé ce type de transport, qu’ils jugent "dangereux", et demandé le démantèlement des centrales nucléaires.

Quelques heurts les ont opposés aux forces de l’ordre. Ici et là, des manifestants allongés sur les voies de chemin de fer ont dû être évacués par la force.

Dans la nuit de vendredi à samedi, le convoi avait dû s’arrêter peu avant la gare de Sequeux (Seine-Maritime), en raison de la présence d’une dizaine de militants antinucléaires à proximité des voies.

D’autres opposants ont été empêchés par la police d’approcher de la région de Gorleben. Côté allemand, environ 16 000 policiers avaient été mobilisés le long du trajet.

Le voyage a pourtant été relativement paisible, si l’on compare à certains précédents. Dans l’est de la France, le convoi a changé d’itinéraire, pour éviter plusieurs passages délicats. Ainsi n’a-t-il pas traversé la commune d’Avricourt (Moselle), où un homme de 22 ans, Sébastien Briat, qui s’était enchaîné à la voie, avait été écrasé, le 7 novembre 2004, par un convoi.

JUSQU’EN 2011

Les transferts de ce type sont le fruit d’un accord entre les gouvernements français et allemand conclu en 2001. Berlin avait alors accepté de récupérer les déchets émanant du retraitement, dans l’usine française de la Hague, des combustibles usés provenant des centrales nucléaires civiles allemandes. Chaque année, jusqu’en 2011, des convois transporteront ces déchets vers Gorleben.

Les militants antinucléaires allemands sont non seulement opposés à ces transports, mais ils redoutent également que le site de Gorleben, bien que censé être temporaire, devienne de facto le centre de stockage définitif des déchets hautement radioactifs.

Le Parti social-démocrate (SPD), une des composantes de la coalition au pouvoir à Berlin, souhaite procéder à une étude pour vérifier si un lieu plus sûr pourrait servir de centre définitif.

Mais compte tenu du peu de popularité du nucléaire outre-Rhin, les habitants de Gorleben craignent qu’aucune alternative ne puisse être trouvée.

En outre, le SPD, dont est membre le ministre de l’environnement, Sigmar Gabriel, a déjà fort à faire pour contrer les offensives de l’industrie nucléaire, soutenue par les autres partis au pouvoir, les Unions chrétiennes (CDU-CSU). Celles-ci voudraient revenir sur l’accord de 2000 qui prévoit un démantèlement progressif des centrales allemandes d’ici les années 2020.

Pour le ministre de l’économie, Michael Glos (CSU), comme pour le lobby pro-nucléaire, le pays ne saurait se priver d’une telle source d’énergie, qui lui fournit près de 30 % de son électricité.

En cette période de hausse des prix des hydrocarbures et d’engagements à réduire les émissions de gaz à effets de serre, il conviendrait même de prolonger la durée de vie d’une partie de ces centrales nucléaires, estiment-ils.

Les partisans du nucléaire ont toutefois enregistré un revers avec l’interruption de l’activité des deux réacteurs de la centrale de Biblis, pour cause de chevilles défectueuses.

L’exploitant de cette centrale, le groupe allemand RWE, affirmait que le réacteur A pouvait fonctionner sans problème au-delà de mi-2008, date prévue pour sa fermeture.

http://www.lemonde.fr


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