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Surprenant Mexique !

(JPG) L’ASSEMBLÉE POPULAIRE DES PEUPLES D’OAXACA DÉCLARE L’ALERTE MAXIMALE

Article publié le vendredi 20 octobre 2006.


Hier soir, 18 octobre, un instituteur indigène qui sortait d’une réunion a été abattu par trois balles tirées depuis une voiture sans plaques. D’autres militants ont reçu par téléphone des menaces de mort. L’APPO a déclaré l’alerte maximale pour renforcer les occupations et les barricades. La Section 22 du Syndicat national des travailleurs de l’éducation est en train de réaliser une consultation des 70.000 enseignants de l’Etat pour savoir s’ils veulent reprendre les cours ou continuer la grève. Celle-ci devient de plus en plus difficile à poursuivre en raison de la suspension du paiement des traitements depuis deux mois. Quelle que soit la décision des participants, la section a cependant annoncé qu’elle ne renoncerait en aucune façon à réclamer la destitution du gouverneur Ulises Ruiz, qui n’est, dit-elle, pas négociable. Des militants et des parents ont déjà manifesté leur désir de poursuivre la grève en proclamant : "Un enseignant conscient ne se rend ni ne se vend" et "Enseignant, tu as commencé, tu dois terminer ! Ulises n’est pas parti, tu dois le chasser !".

Le Sénat a déclaré que l’État n’était pas en rupture de pouvoir (ce qui empêche d’organiser des élections) mais qu’il y avait ingouvernabilité de fait et persistance des procédés "de caciques". Au grand scepticisme de tout le monde, le président Vicente Fox a assuré que le problème serait résolu par la négociation avant la fin de son mandat.

Sur place, en effet, on est loin des discours lénifiants. Tandis que le parti au pouvoir (PRI) commence à préparer l’opération de récupération du centre-ville (le gouvernement a notamment commencé à réaménager une prison en prévision d’une arrestation massive d’enseignants et de militants), les brigades mobiles de l’APPO ont repris l’occupation de bâtiments publics, en commençant par le siège du gouvernement, dans lequel ils se sont contentés de laisser des graffitis, et en terminant par le bâtiment du Journal officiel.

En l’absence des forces de police dans le centre-ville occupé, les infractions se multiplient, et une justice populaire s’installe, qui ne fait pas toujours dans la dentelle : un homme qui s’est introduit par deux fois dans une école maternelle pour voler et pour tenter de violer une institutrice, a été tabassé par la foule avant d’être remis aux autorités judiciaires. Sa photo, le visage ensanglanté, et portant une pancarte sur laquelle on a écrit "Je suis un rat et un violeur", fait le tour de la presse, alimentant la campagne de dénigrement du mouvement.

A Mexico se poursuit l’occupation des délégués de l’APPO devant le Sénat fédéral, ainsi que la grève de la faim d’une partie d’entre eux. Une vingtaine de manifestants se sont prélevé une seringue de sang pour écrire avec leur propre sang des slogans pour la liberté et contre le gouverneur Ruiz. Cette action spectaculaire est, selon une militante du Front populaire révolutionnaire, "le seul moyen qui nous reste de nous exprimer". S’adressant à la presse, les délégués dénoncent ce besoin de spectaculaire : "Voyons si maintenant vous nous prêtez attention. C’est ça que vous voulez ? Eh bien vous l’avez !"


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