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Aide aux pays pauvres : la France est épinglée pour sa politique migratoire et ses ventes d’armes

(JPG) par Alain Faujas
Article publié le mercredi 16 août 2006.


Aide aux pays pauvres : la France est épinglée pour sa politique migratoire et ses ventes d’armes

La France se classe au 18e rang des 21 pays riches qui aident le développement des plus pauvres, selon "l’indice d’engagement pour le développement" publié pour la quatrième année par le Center for Global Development (CGD), lundi 14 août, à Washington. Ce think tank attribue la palme de la bonne politique aux Pays-Bas, suivis par les pays scandinaves. Le bonnet d’âne revient au Japon, précédé de l’Italie et de la Grèce.

Le conseil de direction du CGD est composé d’universitaires américains réputés comme Fred Bergsten, d’anciens membres du gouvernement tel Larry Summers. Parmi ses membres d’honneur, figurent aussi les Prix Nobel Amartya K. Sen et Joseph E. Stiglitz (www.cgdev.org/cdi).

Ce classement, qui contredit certaines idées reçues, ne se contente pas d’additionner des milliards de dollars où se mélangent dons et annulations de dette, aides humanitaires et efforts militaires. Dans les sept domaines affectant le développement, il prend en compte aussi bien les masses financières que les législations et même la moralité des pays bénéficiaires.

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Son premier critère est l’aide évaluée en pourcentage du produit intérieur brut, mais pénalisée quand elle est "liée", "saupoudrée" ou attribuée à des Etats corrompus. La prise en compte de l’aide privée ne permet pas aux Etats-Unis, où elle est la plus importante du monde (10 cents par personne et par jour), de faire oublier que leur aide publique est la plus faible (19 cents par jour) à comparer à celle du Danemark (1,08 dollar).

Deuxième critère : les barrières à l’importation des produits des pays pauvres et les subventions qui provoquent surproductions et effondrements des prix. L’exemple le plus caricatural est la taxe de 900 % imposée par le Japon au riz étranger. La Nouvelle-Zélande, les Etats-Unis et le Canada sont les plus ouverts.

Troisième critère : l’investissement dans les pays pauvres est-il favorisé ? Fonds de pension et grandes entreprises sont-ils incités à y placer leurs actifs financiers ? La Grande-Bretagne, qui pousse ses capitaux vers l’outre-mer, tout en combattant les " diamants de la guerre" et la corruption, arrive bonne première.

Quatrième critère : la politique d’immigration favorise-t-elle la venue des travailleurs étrangers dans les pays riches, leur permettant ainsi de transférer des fonds et d’en rapporter des compétences ? La Suisse et l’Autriche apparaissent ici en tête.

Cinquième critère : les pays riches entravent-ils le développement par des politiques inappropriées en matière de réchauffement climatique et de biodiversité ? La Grande-Bretagne arrive à nouveau première ; les Etats-Unis, pour avoir refusé le protocole de Kyoto, sont lanterne rouge.

Sixième critère : les nations les plus riches contribuent-elles à la sécurité mondiale, au maintien de la paix ? Leurs bons points peuvent être perdus pour cause de ventes d’armes. La Norvège reste un parangon de vertu, mais pas la France, la Grande-Bretagne et la Suisse.

Septième critère : les pays riches facilitent-ils la diffusion des technologies ? Un bon niveau de recherche peut être amputé par une protection de la propriété intellectuelle empêchant l’usage des brevets. La France, pour sa recherche-développement, et le Canada, pour son libéralisme, sont dits les meilleurs.

Au final, l’Hexagone recule de la 15e place, en 2005, à la 18e, cette année. Son aide va à des pays peu démocratiques et pas si pauvres ; sa politique migratoire est trop restrictive ; elle est l’un des champions de la vente d’armes à des dictatures. La taxe pour le développement, prélevée sur les billets d’avion, à l’instigation du chef de l’Etat, corrigera-t-elle ce résultat médiocre, en 2007 ? Alain Faujas

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