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(JPG) L’impossible dialogue sur les taux de contamination par les cultures d’OGM

De Gaëlle Dupont
Article publié le lundi 7 août 2006.


Près de la moitié des 35 parcelles d’expérimentation de plantes génétiquement modifiées autorisées en France en 2006 ont été détruites par les "faucheurs volontaires d’OGM". Comme chaque été, ce mouvement, qui revendique 6 000 membres, a choisi ce moyen de pression pour tenter d’obtenir un moratoire sur les cultures d’OGM.

Pour la première fois cette année, les faucheurs se sont attaqués, dimanche 30 juillet, à un champ de maïs destiné à être commercialisé. Mais le message est toujours le même : la coexistence entre cultures OGM, conventionnelles ou biologiques est "impossible", affirme José Bové, ancien porte-parole de la Confédération paysanne. "Notre objectif, poursuit-il, est de neutraliser un maximum de parcelles, au fur et à mesure qu’on en trouvera."

La question de la coexistence entre les filières est posée dans toute l’Europe. Les anti-OGM redoutent les "pollutions génétiques" causées par des pollens de plantes OGM transportés par le vent ou les insectes. "L’imbrication des exploitations est telle que c’est impossible à empêcher", argumente M. Bové. Or, selon ceux qui s’opposent à ces cultures, les conséquences à long terme des OGM sur la santé et l’évolution de la biodiversité ne sont pas assez connues et étudiées, pas plus que n’est démontré leur intérêt agronomique.

"Les variétés autorisées permettent de lutter contre des insectes foreurs comme la pyrale, en utilisant moins de pesticides", affirme au contraire Christophe Terrain, président de l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM). Pour lui, la coexistence de filières séparées est possible, dès lors que l’on accepte dans les autres cultures des traces d’OGM inférieures à 0,9 %.

Les expérimentations menées par l’AGPM sur le maïs montrent qu’en laissant 25 mètres entre les champs, ou en plantant douze rangs de maïs conventionnel autour du champ OGM, les parcelles alentour sont "préservées". "C’est suffisant pour rester sous le seuil de 0,9 %, explique M. Terrain. En général, on se situe même autour de 0,4 ou 0,5 % de traces d’OGM dans les champs voisins."

Ce chiffre de 0,9 % n’est pas choisi par hasard. Il correspond au seuil d’étiquetage des produits finis, au-delà duquel un produit alimentaire contenant des OGM doit être signalé aux consommateurs. Il a été négocié au niveau européen, et correspond à un compromis politique entre pro et anti-OGM. Pour les "pro", le même seuil devrait être retenu pour les cultures.

RÈGLES DE COEXISTENCE

Mais, à en croire les "anti", des traces d’OGM dans l’environnement, même inférieures à 1 %, doivent être refusées. Greenpeace dénonce ainsi "les tentatives de transformation du seuil d’étiquetage en un permis de contaminer pour les cultivateurs de plantes OGM". Ce "droit à polluer" anéantit la possibilité pour les agriculteurs de rester "complètement sans OGM", affirment les écologistes et une partie du monde agricole. Selon eux, le chiffre adéquat serait celui de la limite de détection des traces d’OGM : 0,1 %.

Une telle contrainte invaliderait tout développement des OGM, affirment les semenciers. "C’est impossible à réaliser, assure Philippe Gracien, directeur du Groupement interprofessionnel des semences et plants (GNIS). Il faudrait des distances entre les champs de plusieurs centaines de mètres." La difficulté serait la même pour toute la filière, de l’amont (les semences) à l’aval (transport, stockage, transformation).

En fait, les règles de coexistence relèvent des Etats. Compte tenu de l’hostilité des citoyens européens aux OGM, certains pays utilisent ces mesures pour tenter de leur barrer la route. L’Autriche ou la Hongrie ont ainsi fixé des seuils très bas et des distances de séparation entre les champs si élevées qu’elles découragent la culture de variétés OGM.

Selon la Commission européenne, il s’agit d’entraves au commerce. Aucun pays, aucune zone n’a le droit de tenter de bloquer l’arrivée des OGM pour des raisons "d’hostilité politique", affirme la Commission. Pourtant, 172 régions et 4 500 collectivités de l’UE déclarent être "sans OGM". En France, le projet de loi voté en première lecture au Sénat - et dont l’examen à l’Assemblée a été reporté - retient le seuil de 0,9 %.

Autre question polémique : la publicité donnée aux champs cultivés. Leur enregistrement est obligatoire, alors que les semenciers défendent l’idée d’un registre "privé", connu seulement de l’administration. Mais le ministre délégué à la recherche, François Goulard, s’est déclaré en faveur d’une transparence totale en la matière, donc d’un registre public, tout en souhaitant la fin des destructions "inadmissibles" des parcelles OGM. Deux objectifs qui semblent aujourd’hui inconciliables.


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