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(JPG) La pyrale, insecte casanier dans les champs d’OGM

De Hervé Morin
Article publié le lundi 5 juin 2006.


Il y a maintenant dix ans que les Etats-Unis se sont lancés dans la culture extensive de maïs transgénique Bt, capable de produire ses propres toxines pour se protéger de la pyrale, un insecte ravageur. Les agriculteurs qui choisissent ce type de semence doivent respecter des procédures visant à retarder le plus possible l’apparition d’insectes résistants.

La stratégie adoptée, dite de "haute dose-refuge", consiste à cultiver, à côté des champs OGM, des surfaces (20 %) de maïs conventionnel. Ces refuges permettent de conserver des réservoirs de pyrales "naïves" qui auront pour fonction, le cas échéant, de "diluer" par croisement le patrimoine génétique des insectes résistants, afin que leur descendance reste sensible au Bt.

Or "cette stratégie pourrait ne pas être aussi optimale qu’on le pensait", estime Denis Bourguet (INRA-Montpellier). Son équipe vient en effet de constater qu’un élément clé n’avait pas été correctement évalué. A savoir : quand et où ces papillons s’accouplent.

Dans une étude publiée le 30 mai dans PLoS Biology, les chercheurs français, qui ont procédé au marquage et à la capture en champ de centaines d’insectes, révèlent que la copulation a lieu très fréquemment (jusqu’à 57 % pour les femelles) dans la parcelle de naissance du papillon, et non dans la zone refuge où il est censé disperser ses gènes. Ce comportement augmente les risques de voir des individus issus d’une souche résistante se multiplier.

Ces observations suggèrent que la distance maximale (800 m) prévue par la réglementation américaine est peut-être trop élevée. En Europe, où le maïs Bt n’est encore que très marginalement cultivé - quelques milliers d’hectares en France -, les autorités sont tentées de copier les préconisations du précurseur américain. Elles vont devoir y regarder à deux fois.

NOUVELLES EXPÉRIENCES

De nombreux points restent cependant à trancher avant de rejeter la doctrine américaine, qui a tout de même permis d’éviter depuis une décennie l’apparition d’insectes résistants. Quelle est l’influence de ces accouplements locaux, si l’on pratique ou non la rotation des cultures ? Les femelles sont-elles définitivement casanières, ou s’éloignent-elles de leur champ d’origine pour pondre ?

Ces questions nécessitent de nouvelles expériences de terrain. "Nos résultats n’impliquent pas nécessairement que la stratégie haute dose refuge ne marche pas, résument Denis Bourguet et ses collègues. Cependant, ils soulignent que les prédictions des modélisations doivent être attentivement étudiées avant qu’on puisse leur faire confiance."


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