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(JPG) Moins de 5 % des forêts tropicales sont gérés de manière à assurer leur pérennité

De Hervé Kempf
Article publié le mardi 30 mai 2006.


Moins de 5 % des forêts tropicales sont gérés de manière durable : tel est le bilan tiré par l’Organisation internationale des bois tropicaux (OIBT), dans un rapport publié jeudi 25 mai. La définition donnée d’un "aménagement forestier durable" par l’OIBT, qui réunit 59 Etats producteurs et consommateurs de bois tropical, est pourtant peu radicale : il s’agit de gérer les forêts "sans excessivement porter atteinte à leurs valeurs intrinsèques et à leur productivité future et sans entraîner trop d’effets préjudiciables à l’environnement physique et social."

Au total, selon les experts de l’OIBT, la planète compte aujourd’hui 814 millions d’hectares de forêt naturelle sous les tropiques. Elle se répartit en 110 millions d’hectares en Afrique, 168 en Asie et dans le Pacifique, et 536 en Amérique latine. Mais seuls 25 millions d’hectares sont exploités de manière durable, et seulement 11 sont conservés avec une politique effective de protection. Ces 36 millions d’hectares réellement bien gérés représentent 4,4 % du total de la forêt tropicale. On recense également 96 millions d’hectares ayant un plan de gestion, mais, écrit le rapport, "sans un contrôle attentif par une administration, les compagnies ne se sentent pas obligées de l’appliquer". En fait, on constate un "manque presque universel de ressources pour gérer correctement la forêt tropicale" : les personnels de surveillance ne sont pas assez nombreux, pas assez payés et manquent d’équipements tels que des véhicules pour se déplacer. C’est ainsi que l’exploitation illégale du bois est largement répandue et représenterait un tiers du volume de bois tropical échangé chaque année.

Le problème est qu’utiliser la forêt en préservant son avenir n’est pas assez rentable : "La culture du soja, dit Jürgen Blaser, un des principaux auteurs du rapport, rapporte dix fois plus de revenu qu’une forêt exploitée, la culture de palmiers à huile quatre fois plus."

Les plantations se développent par ailleurs rapidement, souvent sur d’anciennes forêts primaires, par exemple l’ananas à Sarawak, au nord de l’île de Bornéo, ou la canne à sucre au Brésil, pour l’éthanol. Des arbres à croissance rapide sont aussi cultivés, stimulés par la hausse des prix de l’énergie qui rendent le bois de plus en plus intéressant. On compte ainsi 45 millions d’hectares de plantations forestières sous les tropiques.

Plusieurs pistes positives se dessinent cependant. La capacité de la forêt à fixer le carbone pourrait être rémunérée sur le marché du carbone, lequel commence à se mettre en place dans le cadre du protocole de Kyoto. Par ailleurs, on observe le développement de la "certification", un label garantissant que le bois commercialisé provient de forêts bien gérées. Un troisième point d’espoir est la tendance des Etats à transmettre la propriété de la forêt à des communautés locales, plus sensibles à la nécessité de maintenir leur pérennité.


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